Une note blanche

Une note blanche au fil de mes découvertes. Une façon de noter noir sur blanc mes coups de coeur. De la déco, du design, de l'art ... et un tas de futilités !

08.04.10

Circulez !

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Circulez ! il n'y a rien à voir - Installation vidéo - Jean-François Bouthors

Bien moins spectaculaire que la sculpture de Sébastien Bayet, l'installation vidéo de Jean-François Bouthors se situe à quelques mètres de l'autel. Voici le texte qui accompagne l'oeuvre :

Un tombeau où l’on voit l’absence.
Au matin de la résurrection, lorsque les femmes arrivent au tombeau, il est vide.
Le corps de Jésus n’est plus là. Il n’y a plus rien à voir. C’est aussi l’expérience que font les apôtres Pierre et Jean losqu’ils accourent pour vérifier ce que leur a dit Marie-Madeleine. Voyant qu’il ne voit rien, Jean croit …
Nous sommes loin des représentations que nombre de peintres nous ont données de la résurrection, avec un Christ se dressant verticalement, hors du sarcophage où son corps aurait reposé. La scène dessine une croix renversée, et souvent, le Christ tient un étendard. L’ordre du monde dominé par la mort est vaincu … Ces représentations ne reposent sur aucune des scènes rapportées par les évangélistes. Elles sont évidemment théologales, largement inspirées du cri de Paul, « Mort où est ta victoire ! »
Les évangiles proposent une vision très différente, beaucoup moins triomphale. Celle par exemple du jardinier – ce qui renvoie au récit de la création d’Adam et Eve, dans la Genèse. Ce Jésus-jardinier signifie à Marie-Madeleine qu’il est insaisissable : « noli me tangere » - ne me touche pas, ou ne me retiens pas. Celle encore des disciples d’Emmaüs qui ne reconnaissent pas Jésus venu à leur rencontre ; lorsque leurs yeux s’ouvrent, quand il rompt le pain pour eux, il échappe à leur regard. En interrogeant ce que leur disait leur cœur tandis que leur compagnon de route commentait les Ecritures, ils comprennent qui leur parlait. Alors ils se mettent en route pour traverser la nuit de façon à regagner Jérusalem qu’ils avaient fui … quant aux apparitions au Cénacle, elles ont lieu au milieu d’un groupe de disciples éminemment déboussolés, qui n’en croient pas leurs yeux …

Un message lumineux : « Circulez … »
Luc, dans le récit de l’Ascension, raconte que les disciples restaient les yeux fixés vers le ciel lorsque le ressuscité fut enlevé à leur regard par une nuée. Deux hommes en vêtement blanc leur demandent alors : « Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? »
S’arrêter, se figer sous le coup d’un événement, c’est évidemment un réflexe naturel. Mais Luc nous di que la vie est ailleurs, qu’elle est devant, qu’elle est dans la mise en route … L’évangile de Marc se termine, quant à lui, par cette injonction :
« Allez dans le monde entier, proclamé l’Evangile à toutes les créatures … »
« Circulez ! il n’y a rien à voir » c’est en lettres de feu qu’est écrite cette injonction familière. Les trois statues qu’elles éclairent faisaient partie d’une « mise au tombeau ». Ce sont les visiteurs de matin de pâques, mais aussi nous-mêmes qui nous demandons où chercher le Seigneur. Devant ces trois personnages, il n’y a qu’une chose à voir : la lumière qui nous parle et nous invite à nous mettre en route.
Cette lumière rappelle le buisson ardent, dans le désert (autre lieu de mort). En voyant cette flamme qui brûle sans détruire le buisson, Moïse reconnaît la présence de son Dieu. La rencontre de cette flamme insaisissable et délicate, est aussi celle de la révélation du nom de Dieu, Yhwh, un nom que l’on ne prononce pas, un nom qui est au-dessus de tout nom. En effet, le Dieu de la résurrection, c’est bien le Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob, le Dieu des vivants et non pas celui des morts, comme le dit Jésus aux Sadducéens qui en croient pas en la résurrection.
« Circulez ! il n’y a rien à voir » c’est la phrase qu’on entend lorsque des badauds s’agglutinent autour d’un drame, tétanisés par une sorte de voyeurisme morbide, au risque parfois de provoquer un autre accident. Dans « Circulez ! », il y a plus qu’un ordre de dispersion : c’est un appel à la circulation de la vie, comme le sang qui coule dans nos veines et irrigue notre corps. La Résurrection, nous ne pouvons en faire l’expérience aujourd’hui que lorsque la vie circule parmi les hommes. En revanche, si la circulation s’arrête, place est faite à la mort …
Il n’y a donc dans cette installation nulle autre provocation que celle que nous adresse l’Ecriture elle-même, celle que constitue la résurrection de Celui qui nous a dit :
« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Jean 15,13).

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Commentaires

    Heureusement que quelquefois les textes accompagnent certaines oeuvres. Une fois, décortiqués on peut en saisir le sens pas toujours évident au premier abord.
    Dans "circulez" la métaphore est très poussée.
    J'espère que l'auteur en sera compris.

    Posté par peau d'Anne, 09.04.10 à 14:58

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